Home

This post is also available in: Anglais, Italien, Espagnol

retrato de Sismondi

De l’importance de sismondi aujourd’hui

     En raison de mesures d’austérité financière, l’Europe connaît aujourd’hui une crise sociale et économique qui ressemble au processus qui a débuté en Amérique latine vingt ans auparavant pour les mêmes raisons. Actuellement, dix pays latino-américains ont des dirigeants qui se disent socialistes, mais qui s’abstiennent d’adhérer au marxisme parce que leurs sociétés reposent sur la propriété privée. Pour paraphraser Pirandello, on peut dire qu’il y a en Europe et en Amérique de nombreux mouvements politiques « en quête d’auteur ».

     Ainsi, Sismondi, philosophe cosmopolite né à Genève (1773), apparaît comme un penseur absolument actuel. Il a en effet été le premier à identifier les risques de la révolution industrielle et les inégalités qu’elle engendre, et à rechercher des solutions au sein du Capitalisme. Dans son livre Nouveaux Principes d’Économie politique, écrit en 1818, Sismondi utilise le terme « prolétaire », que Marx reprendra plus tard, pour désigner ceux qui ont le triste rôle, avec leur progéniture, de garantir la provision de travailleurs. Sismondi a critiqué David Ricardo en avançant que faire du profit au détriment des salaires était stupide, dans la mesure où les hauts salaires sont nécessaires au maintien de la consommation, garante de l’équilibre des marchés. C’est en substance ce que Keynes affirmera 100 ans plus tard.

     Sismondi a également été le premier à demander l’intervention des gouvernements pour protéger les travailleurs des abus des propriétaires. Il parle de la lutte des classes et évoque l’idée d’un salaire minimum. Il nous prévient des risques de crises périodiques engendrées par le fait de considérer le marché comme seul arbitre. Il critique Ricardo et Say, tous deux favorables à la surproduction, en exposant que celle-ci fausse la relation entre l’utilité d’un bien et sa valeur d’échange. Cette distorsion crée en effet des bulles de surproductions telles que l’on peut en voir aujourd’hui. Sismondi met aussi en garde contre l’émission illimitée de monnaie par les banques, en montrant qu’elle peut conduire à la faillite. Avant l’heure, il évoque des problématiques en lien avec la mondialisation, telles que « l’économie de quantité globale » ou encore « les déséquilibres mondiaux entre les revenus, les dépenses et la production ».

     En désaccord avec Malthus, Sismondi croit en la capacité des terres agricoles du monde entier à nourrir la population globale. Il s’inquiète cependant du chômage provoqué par l’application inévitable des progrès scientifiques et technologiques dans les productions agricoles et industrielles. Il déclare que l’avantage apporté par les machines doit être mieux partagé entre les propriétaires et les travailleurs.

     L’influence de Sismondi sur la résolution des problèmes politiques et socio-économiques issus du XIXème siècle aurait pu être déterminante si Marx ne l’avait pas d’abord étiqueté comme « socialiste petit-bourgeois » dans le Manifeste communiste en 1847, avant de copier ses idées et sa méthode d’analyse dynamique dans Das Kapital en 1867.

     Sismondi est aussi un grand historien et analyste constitutionnel. Il tire de ses analyses des conclusions qui pourraient servir de base à des modèles institutionnels et politiques tout à fait exploitables en ces périodes de découragement et de confiance altérée envers les formes institutionnelles de gouvernements et envers les politiciens eux-mêmes.

     Ainsi, Sismondi apparaît comme un formidable penseur des Sciences Politiques du XIXème siècle, dont les idées avant-gardistes sont exploitables dans les problématiques actuelles du XXIème siècle.

GE DIGITAL CAMERA